Transport de marchandises : le fluvial plaide pour un rôle renforcé dans la loi en débat au Sénat
Alors que le projet de loi-cadre sur le développement des transports est actuellement examiné au Sénat, les Entreprises Fluviales de France (E2F) montent au créneau pour défendre une meilleure intégration du transport fluvial dans la stratégie nationale de décarbonation. À travers plusieurs amendements clés, la filière entend lever les freins économiques au report modal et inscrire durablement le fluvial au cœur des chaînes logistiques.
Rééquilibrer les coûts pour relancer le fluvial dans les ports
Au cœur des propositions d’E2F figure une refonte en profondeur de l’organisation du transport fluvial dans les places portuaires, via l’article 17 du projet de loi. L’objectif : rendre ce mode de transport plus compétitif face à la route.
Les entreprises du secteur dénoncent en effet une situation actuelle déséquilibrée. Le passage par le fluvial implique une rupture de charge — le transfert des marchandises entre navire maritime et barge — générant des coûts supplémentaires de manutention. Or, faute de cadre clair, ces surcoûts sont parfois supportés par les opérateurs fluviaux eux-mêmes, ce qui renchérit artificiellement leur offre.
Pour y remédier, E2F propose la mise en place obligatoire, dans chaque port, de deux outils structurants :
- Un plan de développement du transport fluvial, fixant des objectifs chiffrés de volumes et de performance ;
- Un accord de place, définissant notamment la répartition des coûts de manutention entre acteurs de la chaîne logistique.
En cas d’échec des négociations locales, un mécanisme de substitution est prévu : les surcoûts seraient alors automatiquement pris en charge par les transporteurs maritimes, avec possibilité de répercussion vers les chargeurs.
Pour les défenseurs de la mesure, il s’agit d’un levier essentiel pour « massifier » le transport fluvial, réduire les émissions de gaz à effet de serre et désengorger les axes routiers.
Introduire le fluvial dans les obligations de décarbonation du fret
Autre axe stratégique porté par E2F : l’article 18 du projet de loi, consacré à la décarbonation du transport routier. Le texte initial prévoit d’imposer progressivement aux donneurs d’ordre le recours à des poids lourds à émission nulle.
Si la filière fluviale soutient cet objectif, elle alerte sur ses limites. L’électrification du transport routier, bien que nécessaire, ne saurait suffire à elle seule à atteindre les objectifs climatiques.
L’amendement proposé vise donc à élargir les options offertes aux entreprises : celles-ci pourraient remplir leurs obligations non seulement via des véhicules propres, mais si elles n’y parviennent pas elles pourront le faire en recourant, pour une part de leurs flux, au transport ferroviaire ou fluvial.
Cette évolution permettrait :
- de reconnaître la complémentarité des modes de transport bas carbone ;
- d’adapter les solutions aux réalités territoriales ;
- et d’optimiser globalement les chaînes logistiques.
Une bataille pour la cohérence des politiques publiques
Au-delà des aspects techniques, les propositions d’E2F traduisent une volonté plus large : éviter que les politiques de décarbonation ne favorisent exclusivement la route, au détriment des modes massifiés pourtant plus vertueux.
« Il ne s’agit pas d’opposer les solutions, mais de les articuler intelligemment », résume un acteur du secteur. En intégrant pleinement le fluvial dans les mécanismes réglementaires, la filière espère peser davantage dans les choix logistiques des entreprises.
Un enjeu stratégique pour la transition écologique
Le débat parlementaire en cours sera donc déterminant. À travers ces amendements, les Entreprises Fluviales de France cherchent à transformer en profondeur l’économie du fret, en corrigeant les distorsions actuelles et en favorisant un report modal effectif.
Reste à savoir si le Sénat suivra cette orientation, dans un contexte où les impératifs environnementaux doivent désormais composer avec les contraintes économiques et opérationnelles des acteurs du transport.