Retour sur l’Assemblée générale d’E2F

Les membres d’E2F se réunissaient en Assemblée Générale le jeudi 8 octobre 2020, l’occasion de faire un bilan de l’année écoulée pour le secteur et pour E2F.

• Quel bilan tirez-vous des premiers mois d’existence d’Entreprises Fluviales de France ?

Didier Leandri : La dynamique E2F a été enclenchée avec succès. Les entreprises de navigation font le pari qu’une démarche de groupe bien organisée appuiera leur développement. De plus en plus d’entreprises nous rejoignent, ce qui fait d’E2F une organisation professionnelle aujourd’hui représentative, de droit privé, agissant en totale indépendance de l’État.

La crise a évidemment aidé à resserrer ces liens et a confirmé ce que pouvait avoir d’artificiel le morcellement de la représentation professionnelle, au sein du transport fluvial lui-même, et la nécessité de travailler avec les autres modes de transport.

 • Cette Assemblée Générale sur fond de crise a-t-elle répondu à vos aspirations ?

DL : Cette assemblée générale était importante pour le moral des entrepreneurs, autant je crois que pour celui de nos interlocuteurs.

Elle nous a permis de préparer l’avenir, par la structuration de notre Fédération qui se dote maintenant de délégations régionales mais aussi en formulant un constat et des ambitions partagées.

• Aujourd’hui quelles perspectives entrevoient les entreprises du secteur ?

DL : Il faut d’abord saluer l’accompagnement de l’État, en ce compris les Administrations et les opérateurs publics, tout au long de la crise.

Mais quels que soient les efforts déployés, les faits sont têtus et la situation économique est objectivement préoccupante.

L’enquête de conjoncture réalisée début septembre par E2F atteste d’un niveau de moral des entrepreneurs du tourisme fluvial au plus bas. Notre prévision d’atterrissage en termes de fréquentation comme de chiffre d’affaires se situe à la fin de l’année à – 70 à – 80 %. La perspective de retour à la situation de 2019 n’est pas attendue avant 2022. Deux impératifs : tenir et se préparer au rebond.

Sur le fret, qui a participé de manière extraordinaire à la continuité de la vie économique pendant la crise dans nos Territoires, dans nos villes, dans nos ports, notre inquiétude actuelle est liée au ralentissement économique global, à la récolte céréalière et au marché des conteneurs particulièrement sur le Rhône. Mais ce qui a fait la force du transport fluvial pendant la crise, c’est-à-dire sa capacité de résilience continuera de constituer son principal atout dans les mois à venir. Nous sommes très confiants.

• Quelles sont les attentes de la Profession maintenant réunie pour les mois à venir et quelle est la feuille de route d’E2F ?

DL : Notre priorité pour les 18 mois à venir est d’éviter les défaillances d’entreprises.

La politique de soutien d’urgence doit trouver son prolongement dans un certain nombre de mesures. En particulier une : un fonds d’intervention venant en appui des très petites entreprises subissant des baisses de volume supérieures à 50 %, affectées durablement par la crise, et qui, si elles disparaissent, menaceront la reprise dans le secteur fluvial par manque de cale. Il s’agit d’ajouter un étage supplémentaire au fonds de solidarité.

Dans le tourisme, la poursuite de deux dispositifs, celui de l’activité partielle jusqu’en juin 2021 et celui de l’exonération des loyers publics, ainsi qu’un plan spécifique au transport combiné pour le transport de fret, nous paraissent essentiels.

Mais ce que nous attendons c’est un pragmatisme de tous les instants des services et opérateurs de l’État afin qu’ils réalisent que le pointillisme administratif doit céder la place dans le quotidien à une relation d’affaire.

Un autre point nous préoccupe au vu de la tension économique encore exacerbée par la crise.

Car si la concurrence est libre dans le transport, elle est aussi largement faussée par le coût de la rupture de charge dans les ports, la concurrence routière à bas coût des pavillons étrangers et parfois même une concurrence interne au transport fluvial avec du cabotage illicite. Si le souhait de l’État est de continuer à disposer d’une offre logistique intermodale et a la volonté de la faire croître il doit jouer de tous les instruments de régulation et de contrôle dont il dispose dans ces trois domaines.

• Faut-il pour autant sacrifier l’ambition de transition écologique ?

DL : Certes non. Au-delà de l’urgence, c’est demain qu’il faut préparer aujourd’hui.

Les nouveaux enjeux sociétaux en lien avec les transitions énergétique et écologique sont également une préoccupation grandissante. Ces enjeux sont au cœur du plan de relance. Nous y adhérons totalement.

Dans ce contexte, les activités fluviales possèdent des atouts majeurs car elles allient la proximité à des bénéfices environnementaux de premier ordre.

Deux marqueurs forts dans les prochaines semaines et les prochains mois pour la Profession :

La signature des engagements pour la croissance verte, projet retardé pour cause de Covid ;

Le lancement d’un programme d’engagements volontaires avec l’ADEME type « Objectif CO2 », bien connu dans le transport routier.

La taille de notre secteur souvent jugée comme un frein à l’innovation est pourtant pour moi son principal atout, il peut constituer un laboratoire à échelle réduite de grandes avancées dans le cadre de la propulsion électrique et hydrogène notamment.

Il s’agit dans cette perspective de faire se rejoindre impératif économique et écologique.

C’est sur ce point qu’une politique de relance par les investissements prend tout son sens. Il s’agit ici d’inciter les opérateurs à renouveler leurs flottes avec des bateaux plus modernes mais aussi plus propres.

Cette politique passe notamment par une augmentation des moyens dévolus au Plan d’aide à la modernisation et à l’innovation de la cale (PAMI) et au Plan d’aide au report modal (PARM) ainsi que par une mesure d’appui fiscal : l’exonération des prélèvements fiscaux et sociaux sur les plus-values issues de la cession de bateaux de navigation intérieure sous condition de réinvestissement, exonération aujourd’hui trop partielle pour être réellement incitative.

• Les infrastructures sont-elles toujours autant au centre de vos préoccupations ?

DL : Oui, toujours autant et nous le regrettons. Je préférerais que nous soyons dans la situation des  transporteurs routiers qui peuvent se permettre de ne focaliser leur attention et leur action que sur la compétitivité des services qu’ils rendent à leurs clients. Chacun se bat pour ce qui lui manque disait un marin célèbre !

La relance des investissements concerne aussi les infrastructures fluviales trop longtemps délaissées qu’il s’agisse du grand comme du petit gabarit. En tant d’administrateur de VNF, je peux témoigner du décalage entre les besoins et les capacités budgétaires de l’établissement, décalage annonçant de manière certaine un déclassement de portions importantes du réseau et une baisse de sa valeur économique, cantonnant, à terme, le transport fluvial à des marchés de niche. C’est évidemment ce qu’il faut éviter.

La Profession salue l’effort financier sans précédent consenti au profit du budget des voies navigables pour 2021 et 2022. Mais il est impératif que cet effort se poursuive au-delà de ces deux années. Et ce, principalement pour la mise en sécurité et la modernisation du réseau, avec une attention particulière pour les liaisons inter-bassins. Je prends acte avec satisfaction de la poursuite de l’engagement de l’État dans un certain nombre de projets : Seine-Escaut, Mageo et Bray-Nogent.

• On vous a entendu déplorer l’absence de « stratégie nationale fluviale », après les annonces sur la « stratégie nationale portuaire » et la « stratégie nationale ferroviaire », est-ce toujours le cas ?

DL : Plus que jamais.

Il ne s’agit pas d’un orgueil mal placé, il s’agit de donner de la visibilité politique à un secteur économique qui, je le disais, a su traverser la crise et qui a une vraie faculté de rebond.

Ces « stratégies nationales » ont pour mérite de donner de la cohérence à l’action publique et d’en témoigner auprès des opérateurs économiques et investisseurs. Il s’agit d’un élément d’attractivité majeur dont nous sommes en train de nous priver.

D’ailleurs j’observe que les éléments de cette stratégie sont peu à peu en train de se mettre en place, alors pourquoi ne pas l’afficher clairement ?


Télécharger les documents :

– Compte rendu complet des échanges AG E2F 2020.

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