Tourisme fluvial : le bout du tunnel n’est pas pour tout de suite

5 questions à Frédéric Avierinos, Président du Collège Passagers et vice-président d’E2F.

• Quel bilan intermédiaire les opérateurs de tourisme fluvial font-ils au regard de l’activité dans le contexte de la crise sanitaire ?

Frédéric Avierinos : Au sortir de la période estivale nous constatons deux choses :

– L’activité économique des opérateurs de fret a globalement repris, à des rythmes certes variés, permettant de considérer que d’ici la fin de l’année le niveau d’activité rejoindra le niveau observé avant la crise ;

– La clientèle de tourisme et plus particulièrement les activités événementielles, de croisières et bateaux à passagers, font face à de très importantes et durables baisses d’activités.

• Quel est l’impact des nouvelles mesures de restriction sanitaire pour les exploitations ?

FA : Le couvre-feu affecte les activités de promenade – restauration et de privatisation, ainsi que dans une moindre mesure la promenade commentée.

Pour celles qui le pouvaient, dans des conditions économiques acceptables, les entreprises ont apporté des modifications à leur exploitation pour tenir compte de cette nouvelle mesure de police.

Plusieurs compagnies ont purement et simplement décider d’arrêter leur activité sine die, du jamais vu pour Paris notamment.

• Comment tenez-vous ?

FA : Les mesures d’accompagnement du Gouvernement et l’appui des opérateurs, de VNF, des ports intérieurs, font que nous sommes toujours là.

La reconnaissance du transport fluvial comme partie intégrante de la filière tourisme et le travail acharné d’E2F ont permis de mettre en place des mesures de protection des entreprises et de l’emploi très efficaces.

• Quelles sont les projections d’activité pour les prochains mois ?

FA : La caractéristique de la période que nous vivons est qu’il n’y a absolument aucune visibilité. Nous n’apercevons pas encore le bout du tunnel.

Nous sommes soumis aux aléas de mesures sanitaires en constantes modifications, toujours dans le sens des restrictions, et à une clientèle de tourisme et de loisir qui a quasiment disparu. L’activité groupe est elle aussi à l’arrêt.

Notre conviction est que cette clientèle ne reviendra pas aussi rapidement qu’elle s’en est allé.

D’où l’importance d’opérer un tuilage des mesures d’accompagnement dont chacun comprend qu’elles ne pourront pas durer éternellement.

• Comment anticipez – vous la reprise même si vous n’en connaissez pas la date ni la portée ?

FA : Il est clair que nous devons transformer structurellement nos exploitations et nos produits, viser en priorité une clientèle française et européenne, bref revoir nos modèles.

Le tourisme fluvial de demain devra correspondre, encore plus qu’auparavant aux nouvelles tendances et attentes de la clientèle et s’adapter aux contraintes environnementales.

Nous l’avions anticipé et avions amorcé les développements nécessaires bien avant la crise et les réaliserons encore plus résolument quand nous en sortirons.

Ceci ne se fera pas seul. Notre environnement de travail s’est habitué à un marché en croissance, parfois à deux chiffres, depuis des années. La politique de loyers publics, la réglementation, la mise en tourisme, la transition écologique : tous ces facteurs avec lesquels nous composions sans nous poser de questions vont devoir évoluer en profondeur si nous voulons retrouver le chemin de la croissance.

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